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Facebook : que faut-il penser de la fermeture du site de vente de fans LikeUb ?

dans Réseaux sociaux
Le 7 janvier 2013 par Sébastien Monnier

La course aux fans sur Facebook autorise-t-elle tout ? Quelles nouvelles règles du jeu faudra-t-il respecter en 2013 ?

Le réseau social vient de faire passer un message radical sur l’achat de fans avec la fermeture, en guise d’exemple, du site français LikeUb.

D’abord structuré autour de l’échange gratuit de fans (‘je te like donc tu me likes en retour’), le site indépendant Likeub proposait une offre payante de ‘packs’ de fans.

L’intérêt pour les sites de marques ou d’e-commerce ? Acheter des fans permet d’afficher rapidement un compteur de ‘Likes’ impressionnant, qui agit comme un ‘sceau’ de validation pour l’internaute lambda. En quelques semaines, on peut se forger une communauté d’amis ou d’admirateurs de plusieurs milliers de personnes engrangée sans effort, pour quelques centaines d’euros.

De nombreux sites proposent des packs de fans Facebook pas cher. L’expression est même devenue une requête SEO concurrentielle en soi.

Une capture d’écran sur un site d’achat de fans Facebook

Les faux comptes Facebook, une fausse solution

L’engagement de ce public ? Nul ou proche de zéro. Mais un gros compteur, ça fait bien, ça impressionne. De façon cynique, on peut même s’en servir pour espérer toucher du vrai monde, de vraies personnes, car les administrateurs de ces comptes (majoritairement bidons) multiplient les demandes d’amis réels pour se créer une authenticité.

Tant que personne ne se rend compte du côté pipeau, cela semble pouvoir passer. Certains sites ou célébrités qui ont goûté (plus ou moins volontairement) à l’achat de fans ont toutefois été pilonnés sur Twitter pour avoir voulu tricher avec le public. Le bad buzz ne dure alors que quelques jours, mais la pilule est un amère pour le public comme pour la marque. Cas emblématique, Orangina a dû clarifier sa stratégie en février 2012 après la découverte de « quelques » faux comptes (à son insu, d’après sa réponse) dans sa fanbase.

On trouve toujours bon nombre d’autres sites en français ou de toutes langues sur le sujet, avec des packs de 500 fans « internationaux » pour 14,90 euros (!) par exemple. LikeUb est l’un des premiers à fermer.

Fin décembre 2012, l’équipe de LikeUb expliquait les exigences de Facebook à ses membres, dans l’email qui annonçait la fermeture et dont voici un extrait où j’ai surligné en gras :

Nous, les fondateurs de LikeUb, les partenaires, les collaborateurs et les investisseurs avons le regret de vous annoncer la fin de LikeUb. Nous l’avons définitivement fermé en ce jour du 27 décembre.

Il aura vécu, satisfait des dizaines de milliers d’utilisateurs, fait parler de lui, provoqué les éloges et les critiques durant 10 mois. 10 mois durant lesquels, nous avons eu un immense plaisir à vous servir, à vous aider et à vous soulager d’une tâche difficile qui est la construction de votre popularité sur le Web.

Un Web, censé être un espace de liberté, devenant de plus en plus contrôlé, pénalisé. Car si l’aventure se termine ici et aujourd’hui pour nous, c’est bel et bien sous le coup de la loi. Les bureaux d’avocats de Facebook sont entrés en contact avec nous. Ils ont réclamé la fermeture immédiate et sans conditions de LikeUb sous peine de poursuite judiciaire, ainsi que l’interdiction à vie d’utiliser Facebook personnellement.

Ce n’est pas la première fois que le réseau social tente de nous bloquer et nous avons su par le passé contourner les sanctions unilatérales. Mais cette fois est la dernière. LikeUb est mort. La mort n’est pas une fin. C’est le début d’autre chose.

 

Facebook accélère la chasse aux comptes et Like bidons

Les menaces des avocats de Facebook ont donc porté leur fruit. Cela va-t-il marquer la fin (en tout cas freiner) des sites de vente de fans ? Très probable, sans pour autant les éliminer totalement : le jeu du chat et de la souris ne fait que commencer.

La chasse aux faux comptes est déjà bien rodée. De son côté, Facebook a déjà fermé plus de 80 millions de comptes « bidon » en août 2012. L’achat de followers sur Twitter fait tout autant bien partie du paysage, et le site de microblogging verrouille lui aussi les comptes ‘fake’.

Mais des offres alternatives proposent d’acheter ou récompenser un Like ou un retweet depuis un vrai compte, alimenté par son propriétaire au quotidien et tout à fait légitime.

Est-ce qu’un moment viendra où de vrais followers « achetés », même s’ils sont réels, seront identifiés ou leur ‘like’ neutralisés ? L’idée n’est pas si farfelue. Une raison de le faire pour Facebook : en cédant aux sirènes du fan ou du ‘like’ garanti à prix discount, certains annonceurs pourraient s’écarter de l’offre publicitaire « officielle » de post sponsorisé par exemple.

Facebook a déjà nettoyé certaines pages officielles en supprimant des ‘Likes’ jugés frauduleux à partir de comptes bidons. En septembre 2012, la page de Texas HoldEm Poker a perdu 96,000 likes du jour au lendemain, selon un article de Mashable (en anglais). C’est peu par rapport au 65 millions de Like du compte, mais l’idée est là.

L’idée d’acheter des fans avec des comptes bidons aurait ses jours comptés. Les sanctions vont-elles monter d’un cran  ? Faut-il craindre un risque même si les comptes sont authentiques ?

Les ‘Like’ rémunérés bientôt dans le collimateur ?

La question vaut la peine d’être posée. Des services comme YesiIBank.com proposent déjà à de vrais membres d’être récompensés pour leurs actions sur Facebook. J’avais créé un compte pour voir en guise de veille, mais l’idée ne m’a pas tellement plu. Je préfère l’interaction naturelle. Cela reste une variante du surf rémunéré inventé il y a quelques années, et cela va sans doute encore évoluer.

En soi, l’idée de payer pour acheter des fans était déjà dérangeante et a priori peu ou pas efficace. Elle faisait débat. La chasse de Facebook aux faux comptes et les menaces d’avocats vont marquer un coup d’arrêt, et relancer de nouvelles offres autour d’actions rémunérées pour de vrais utilisateurs actifs.

Sachant que de son côté, Facebook fait monter en puissance ses propres outils payants, proposant déjà à monsieur tout le monde de régler plusieurs euros pour diffuser la photo de son mariage ou un faire-part de naissance.

Avec le post sponsorisé, je peux élargir le public qui verra le message, pour environ 6 euros

Bien malin celui qui saura si l’adoption d’astuces alternatives à l’offre payante de Facebook représente un risque à l’avenir : cloture du compte, réduction du nombre de fans… ou rien du tout. Mais un parallèle historique avec l’achat de liens pour son site web est intéressant.

Les pénalités Google auront-elles un équivalent sur Facebook ?

L’achat de liens (backlinks) en volume pour son site web, par pack de 10, 100 ou davantage fait partie du paysage du SEO depuis plusieurs années. On peut encore en 2013 acheter des liens par lot de 50 ou 100 backlinks à des prix défiant toute concurrence.

Cette stratégie jugée « limite » dès le départ a fonctionné pendant quelques années, en tout cas dans certains contextes et sur certaines requêtes. Elle continue encore de séduire les débutants ou les personnes mal informées. Aujourd’hui, c’est risqué et à éviter absolument si l’on veut durer en matière de référencement.

Rappelons que le levier dans une campagne de netlinking, c’est l’obtention de bons liens, le plus légitimes possibles, depuis des blogs et des sites de qualité pour le moteur de recherche. Des critères incompatibles avec un pack à prix discount.

Sauf erreur, Google n’a jamais menacé juridiquement de site proposant la vente de liens depuis un quelconque site web. Le web est ouvert, les liens ne sont de toute façon pas limités à un moteur de recherche. PPur préserver la qualité de son index et des réponses aux requêtes, le moteur a mis en place des parades. Citons l’incitation aux webmestres à utiliser la balise nofollow, ou l’application de pénalités plus ou moins lourdes ou automatiques.

Google Penguin, une riposte du moteur contre les liens bidons

Penguin est l’illustration la plus connue de la chasse aux liens médiocres, avec des algorithmes capables de pénaliser ou neutraliser les liens entrants jugés abusifs. Le moteur détecte et sanctionne les dépôts de liens jugés suspects, quitte à mener une enquête en mode manuel, confiée à l’équipe qualité basée à Dublin. Car oui, certaines équipes de Google ont pour mission de regarder votre site à la loupe et le pénaliser ‘à la main’ s’il est jugé fautif.

Pour les éditeurs de sites qui profitaient de packs de liens achetés (hélas synonymes de ‘médiocres’ dans 99% des cas), la sentence a été nouvelle, brutale et sanglante en 2012 : chutes de positions sur des mots-clés stratégiques, perte de visibilité et de trafic, avec quasi-obligation de nettoyage des liens en urgence.

On pouvait pressentir cet impact, sans pouvoir dire  quand il arriverait.

Cerise sur le gâteau, une solution de nettoyage a été mise à disposition par Google en septembre 2012 : un outil de désaveu des liens… pour faire le ménage soi-même dans ses liens et dénoncer ceux mal acquis.

Privilégier la prudence quand on jouera avec les Like ?

Revenons aux réseaux sociaux. Ironie du web, Google n’est pas épargné par la question des comptes et des compteurs plus ou moins bidons. On peut acheter de faux ‘+1’ sur Google+ ou des vues sur Youtube.

Mais demain, comment réagiront ces leaders sociaux, Facebook et Twitter en tête, sur la génération massive et artificielle d’interactions, de fans ou de followers depuis des comptes ‘fake’ voire même authentiques ?

Les éditeurs qui auront gonflé artificiellement leur compteur de fans ou d’interactions pourraient-ils subir une sanction à l’avenir, si les règles du jeu évoluent ?

Ce serait drôle d’imaginer qu’en 2015, il faille supprimer à la main des Like jugés abusifs par la politique de Facebook.

Déjà aujourd’hui, Facebook demande aux organisateurs de concours de ne pas forcer à liker pour participer, ce à quoi peu de monde obéit dans les faits. Au risque de se faire supprimer sa Page. Tout le monde connait le risque, mais la sanction n’est pas appliquée, alors on continue. Cela ne vous rappelle rien ? Le jour où une sanction tombe, difficile de se plaindre.

Alors en l’absence de certitude, la prudence et le bon sens semblent la meilleure voie si vous visez sur le long terme.

Facebook et Twitter peuvent faire bouger leur écosystème au gré des évolutions de leurs APIs, de leurs outils de filtrage anti-spam ou de leur conditions générales d’utilisation.  Le contrôle et le sentiment de « propriété » qu’on peut avoir au sujet de sa page Facebook sont très relatifs.

Avec la fermeture de LikeUb, on comprend que Facebook veut défendre la qualité de sa base de membres et la « légitimité » des interactions sur son site. Les pratiques ‘borderline’ d’aujourd’hui pourraient donc bien être reconsidérées demain, et neutralisées ou pénalisées massivement après-demain comme Google l’aura fait après plusieurs années en pénalisant les liens médiocres.

Plutôt qu’acheter ou négocier une interaction, restons au plus près des fondamentaux sur les réseaux sociaux : créer de l’engagement avec une expérience sympa, ludique ou utile pour l’internaute, pour que l’interaction se fasse ‘naturellement’. Plus facile à dire qu’à faire, c’est vrai.

Qu’en pensez-vous ?

Avez-vous déjà expérimenté des services payants pour obtenir des Like ou des retweets ? L’offre de publication de post sponsorisé vous paraît-elle suffisante ? Trop chère alors qu’il y aurait des alternatives à inventer ?

Comment Facebook ou Twitter pourraient réagir face aux offres d’interactions en masse vendues par d’autres sociétés ? A quoi ressembleraient ces interactions d’ici un an ou deux ? Votre avis nous intéresse.